07 novembre 2009

Un champ magnétique fruité

Souvent, je ne comprends pas.

J’ai passé des années de ma vie à gérer une équipe de vente de publicité. C’était mon métier. J’y consacrais même trop de temps. Au nom de la passion pour la chose.
Des années à trouver de bons arguments pour qu’un commanditaire accepte d’investir des sous pour annoncer ses produits.
Et voilà que, sans trop que je le réalise, une antithèse publicitaire marquait mon entourage. Non seulement les fabricants ne payaient plus pour annoncer leurs produits, mais voilà qu’ils faisaient payer à leurs clients un prix astronomique pour que ceux-ci obtiennent le privilège de véhiculer leur logo. Leur marque de commerce. Une véritable antithèse! Ainsi, les ados étaient prêts à vendre leur âme et à payer une fortune pour un t-shirt ordinaire, fabriqué en Malaisie, mais qui était imprimé de l’image commerciale du fabricant. Une chose incroyable. Vraiment.
Je dis que je ne comprends pas. Pourtant, je comprends très bien…
Il suffisait d’identifier une chose. Une toute petite : l’ado, par définition, est en train de se bâtir une personnalité. Sa confiance en lui-même n’étant pas très forte, il aime se cacher derrière une image, un logo, pour avoir l’air winner. Ainsi, il ne sortira pas dans un lieu public avec un chandail blanc ordinaire sans logo. Nenon! Il ne serait personne, alors... Oubliez ça!
Ce constat est vraiment poche, mais il est là. Les fabricants de vêtements, entre autres, ont misé sur cet apect des choses. Et ils ont encaissé des millions de dollars.
Quand l’ado vieillit (et plusieurs vieillissent sans développer de confiance en soi...), bien, il faut raffiner les méthodes. Ainsi, on vendra le concept du meilleur produit possible. Le best du best. Le top du top. C’est comme ça que vous verrez plein de gens aller de la maison au bureau, dans leur voiture chauffée, mais portant quand même un manteau d’hiver haut de gamme, résistant à une piscine d’humidité et à des températures que la Sibérie n’imagine même pas. Regardez autour. Vous ne verrez pas ces mêmes personnes dehors, pour marcher, alors qu’il fait moins de moins 5 degrés.
Je pourrais continuer longtemps.
Mais le bout du bout, le nec plus ultra de tous les coups fumants, c’est le champ magnétique fruité.
C’est ainsi que je nomme le Blackberry et ses amis.
Un bidule incroyable, qui fait tout. Qui te permet de traîner ton bureau, donc ta vie, partout.
Qui te permet de consulter Internet, lire tes courriels, interagir en tout temps, trouver une recette ou le score du match de hockey en cours, jaser en même temps avec une fille que tu ne connais pas trop, bref, c’est une révolution dans le domaine de la communication.
Et les marketeurs ont bien imaginé les choses.
Non seulement, se sont-ils dits, nous leur ferons payer une fortune, mensuellement, au nom de l’efficacité et de l’importance des communications, mais nous protégrons cette communication exclusive, autour de chaque individu qui en utilise un, en créant un champ magnétique qui empêchera l’être humain qui se trouve juste à côté d’entrer en contact avec lui! Génial, non?
Faites le test.
Essayez de distraire, d’entrer dans le champ magnétique d’une personne qui utilise un Blackberry (ou un équivalent) et vous verrez que ce que je dis est vrai : ça ne marche pas. Vous êtes en réunion, l’utilisateur de la chose poussera l’efficacité à ne pas suivre ce qui se passe autour pour prendre ses messages. Brillant, non?
Les marketeurs avaient raison. Encore.
La seule façon d’entrer dans le champ magnétique d’un utilisateur de ce bidule, ce n'est même plus le courriel. Vous devez le rejoindre via un réseau social virtuel, alors que vous pourriez le toucher de vos doigts si ce champ magnétique n'exitait pas.
Et les fabricants font tout ça au nom de la communication en temps réel.
Ici, il n’y a que le temps qui soit réel…

Clin d’œil du jour
Mise en situation pour les gens qui ne sont pas de Sherbrooke…
Hélène Gravel, candidate à la mairie de Sherbrooke, a vu la fin de sa campagne ternie par une connerie de son conjoint qui s’en est pris à un journaliste…

Sur les chemins de Gravel, il y a des cailloux qui font plus mal aux pieds que d’autres…

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