04 janvier 2010

Fermé pour inventaire

On ne sait trop ce que la vie nous réserve.

On s’est souhaité la bonne année. Ça demeurera un souhait. Parce qu’on ne sait pas. Même quand on s’y attend le moins, la vie nous réserve des surprises. Bonnes ou mauvaises. Des surprises qui se retrouvent comme ça, en travers du chemin, et qui nous font bifurquer vers des endroits où jamais, mais là jamais, on aurait pensé se retrouver.

C’est un peu ce qui m’est arrivé. Après des années dans les médias, on a décidé que ce n’était plus ma place. Pourtant, le milieu des médias, c’est tout ce que je connaissais. Si, il y a deux ans, vous m’aviez dit que je pourrais tout aussi bien me retrouver à la direction d’une coopérative funéraire, j’aurais ri. Jaune, mais j’aurais ri quand même.

Jaune parce la mort me troublait. Me faisait un peu peur. Pas dans le sens d’avoir peur de mourir, mais dans le sens lugubre de la chose. Jaune dans le sens de peureux, peut-être…

Et vous voyez, après quatre mois à ce poste surprenant, je fais un constat tout aussi surprenant : ce n’est pas la mort qui retient mon attention au jour le jour. Ce sont les gens qui composent l’entourage des disparus. Et il y a, par-dessus tout, un point qui me fascine grandement : la marque que laissent les gens. Peu importe qui. Les plus connus comme les moins connus. Une marque dont se rappelle l’entourage quand la grande faucheuse est passée. Un tas de souvenirs, certes, mais surtout des moments précis qui ont marqué la vie des proches. Souvent même, j’avancerais que la personne disparue ne savait pas à quel point elle avait marqué ces gens!

J’appelle ça l’inventaire. Celui des bons coups d’une personne. Des bons coups qui n’ont rien de spectaculaire, généralement, mais qui marquent.

J’ai été profondément touché du vaste inventaire qu’a laissé Vinzo, le fils d’un bon ami. Vinzo est mort trop jeune. Vraiment trop. Et sur un grand mur de stainless, son père a eu l’idée de fixer, avec des aimants, des feuilles de papier toutes simples qui contenaient des messages riches. En fait, mon ami a eu l’idée d’imprimer des dizaines de messages laissés de façon posthume à son fils sur Facebook. Une partie de l’inventaire de son fils épinglé sur un grand mur. Un inventaire large et fécond. Des messages sincères. Un inventaire qui démontre hors de tout doute les qualités fondamentales du jeune homme. Certains messages de l’inventaire étaient concrets. Du type : tu étais toujours souriant, ça me rassurait…

J’en suis convaincu, on ne se doute pas de l’impact qu’on a sur notre entourage. Et c’est mieux ainsi. Ça nous monterait à la tête! Et puis, on retiendrait probablement des trucs que ceux à qui on pense n’ont peut-être même pas retenus…

Dans une société où tout se bouscule dans un espace-temps serré, je réalise qu’il faut prendre le temps de prendre conscience de l’inventaire que les disparus laissent. Mais je réalise surtout que, de notre vivant, on peu aussi faire part à l’autre des bons coups et leur impact sur notre quotidien. Un geste simple qui fait du bien. Comme il a fait tellement de bien aux proches de Vinzo qui n’avaient aucune idée de l’ampleur de l’inventaire de leur fils.

En 2010, je me souhaite de prendre un peu temps. Un temps où je dirai : « je suis fermé… pour inventaire. » Le type d’inventaire qui, lorsqu’on en prend conscience, nous amène à être une meilleure personne.

Clin d’œil de la semaine

L’autre jour, je suis tombé sur une infopub qui vantait les mérites d’un hachoir à légumes portatif. J’ai vivement changé de poste. Je suis tombé sur Harper qui souhaitait la bonne année au peuple canadien. Fascinant, quand même, ces hachoirs…

1 commentaires:

Geneviève a dit…

Je ne sais pas si tu peux la voir, mais il y a une sale boule dans mon dalot.
Belle chronique François.
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