Hier, j’écoutais la chanson de Serge Reggiani, Le déserteur. Il y écrit une lettre au Président de la République pour lui dire qu’il n’ira pas à la guerre. Je connais cette chanson presque par cœur. Hier, cependant, elle sonnait tellement juste! Tout y est. Le ton, le propos, tout.
J’écrirais, il me semble, ce matin, à Jean Charest. Pour moi, le budget déposé cette semaine ne passe pas. Et pas pour les motifs auxquels on pourrait penser en premier lieu. Je ne ferai pas faillite à cause des nouvelles taxes imposées. Je ne suis pas en colère pour quelques dollars. Et puis, non, Monsieur Bachand, je ne suis pas de ceux que vous pensez rejoindre quand vous vous prétendez être un sage dont la mission est de nous faire comprendre que la vie n’est pas gratuite. Je le sais bien que rien n’est gratuit. Votre leçon de morale 101, énoncée au nom de vos petits-enfants, était de trop dans votre discours.
Si j’écrivais à Monsieur Charest, mon ton serait triste, déçu. Désabusé, surtout. Et tout cela dépasse largement la colère.
La Révolution tranquille vécue dans les années 1960 avait laissé un héritage fondamental : le principe de solidarité sociale. C’est un principe tout simple qui fait que, collectivement, nous avions fait le pari que la société pouvait laisser de grandes libertés individuelles tout en s’assurant que personne n’était abandonné à lui-même.
On ne voulait pas d’une société égalitaire. Le genre de société où tous ont accès à la même richesse. On voulait d’une société équitable. Une société où il était possible de créer sa richesse matérielle personnelle, tout en assumant que le fait d’être plus riche justifiait bien de contribuer davantage à la collectivité.
Ce qui est égal n’est pas nécessairement équitable.
Vous brisez les reins de ce principe en imposant des frais égaux à tous pour le système de santé. Vous enlevez la serrure à la porte qui protégeait le principe du système de santé. Elle s’ouvrira maintenant plus facilement pour redéfinir la chose sur une base privée. Vous faites la même chose en touchant aux tarifs d’électricité comme vous le faites, épargnant au passage le secteur industriel, les plus grands consommateurs.
Vous envoyez le message que les grandes entreprises doivent être libérées du fardeau social pour prospérer. Pourtant, ces entreprises sont tributaires de leurs actionnaires qui, eux, n’ont pour objectif que d’augmenter leurs profits. Et cela se fait en coupant dans les dépenses. Donc, dans les emplois.
Faire le débat sur la façon de payer les services publics, c’est une chose. Provoquer le déclin de la notion de solidarité sociale en est une autre.
Ne vous demandez pas pourquoi les gens sont devenus des déserteurs face à la chose politique.
À moins qu’ils en profitent pour réagir…
Clin d’œil du jour
Jean Charest a réclamé le privilège de conduire la voiture. D’avoir les deux mains sur le volant. Avec ses conseillers, il a donc choisi un modèle qui lui convenait. Mais c’est quand même nous qui payons l’essence…
1 commentaires:
Belle image que ton clin d'oeil du jour, mon cher François !
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